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Les points clés à retenir
- Frugalité : BPCE priorise les usages pertinents de la GenAI, en privilégiant des modèles plus petits et en rappelant que parfois un code classique suffit.
- Souveraineté : Un broker de LLM aiguille les requêtes vers des modèles open source ou cloud, tout en gardant les données sensibles en interne.
- Gouvernance éthique : Transparence sur l’usage de l’IA, test des biais via Giskard, et dialogue social renforcé pour anticiper les impacts sur les compétences.
🔍 Contexte : une IA pour tous, mais pas n’importe comment
Tu sais quoi ? Depuis 2025, BPCE a mis en place une stratégie IA qui veut concilier innovation et pragmatisme. Le groupe bancaire ne cherche pas à saupoudrer l’IA partout, mais à l’utiliser là où ça apporte vraiment de la valeur. Et en 2026, c’est cette création de valeur qui est mesurée. On va voir ensemble comment ils s’y prennent.
J’ai pu échanger avec Luc Barnaud, chief AI and data officer, et Laurent Fernandez, directeur du centre d’expertise technologique. Leur double regard – stratégique et technique – est précieux pour comprendre les dessous de cette feuille de route. Le but est simple : faire de l’IA un levier, pas un gadget.
👥 Organisation : une filière IA et data indépendante
Première chose à noter : la filière IA et data est une entité à part entière dans le groupe. Elle n’est pas rattachée à la direction des technologies, même si la collaboration est quotidienne avec le DSI. Luc Barnaud rapporte à Yves Tyrode, qui chapeaute le digital, les données, l’innovation, et même certaines activités paiement. Ça leur donne une vision transverse et surtout, une capacité à agir sans dépendre d’une direction opérationnelle.
Cette indépendance est cruciale pour éviter les silos. Et pour un sujet aussi transversal que l’IA, c’est un vrai atout. L’objectif pour le groupe : mutualiser les compétences et les infrastructures plutôt que de laisser chaque métier bricoler sa propre solution.
🔄 La stratégie : deux jambes pour avancer
La feuille de route de BPCE repose sur deux piliers complémentaires. Le premier, c’est l’IA pour tous. Le groupe est convaincu que l’IA générative devient un standard, comme le furent les e-mails ou les messageries. L’idée est donc de mettre à disposition de tous les employés un outil sécurisé et éthique. Ça passe par Maïa, l’IA générative interne qui a déjà atteint 50 % d’utilisation fin 2025.
Le second pilier, c’est la transformation des processus. Là, on ne fait pas dans la dentelle : BPCE a choisi 5 cas d’usage à fort impact, histoire de ne pas multiplier les preuves de concept sans lendemain. Et ces cas sont suivis de près avec des indicateurs concrets.
🎯 Les 5 cas d’usage qui changent vraiment la donne
Voici les 5 axes qui font avancer le groupe. Chacun est conçu pour avoir un effet immédiat ou à moyen terme sur la performance.
- 💬 Accompagnement des conseillers : la GenAI assiste les 35 000 conseillers dans la préparation, la réalisation et la synthèse des entretiens clients. Le but : gagner du temps et améliorer la qualité du service.
- 📱 Expérience client mobile : une IA dans l’app, lancée en mars 2025, qui a déjà dépassé le million d’interactions. En 2026, elle s’enrichira de données client spécifiques pour des réponses plus personnalisées.
- 📞 Centres d’appel boostés : la GenAI traite les appels simples (déjà 1 million sur 12 mois) et aide les téléconseillers avec des comptes-rendus automatiques. Fini les notes pendant l’appel.
- 🛡️ Lutte contre la fraude : ici, c’est du machine learning qui affine la détection d’événements suspects. L’impact financier est direct.
- ⚙️ IA pour l’informatique : développement assisté, tests automatisés… Les équipes IT sont aussi servies.
📊 Mesurer la valeur : entre gains de temps et business
Luc Barnaud insiste : 2025 a été l’année de l’adoption, 2026 celle de la valeur. Pour mesurer l’impact, le groupe suit deux types d’indicateurs. Les premiers sont directs : gains de temps et réinvestissement dans des tâches à plus forte valeur ajoutée. Les seconds sont plus longs à percevoir : baisse du taux de fraude, hausse du taux de concrétisation des ventes. Dans ce sens, les premiers résultats tombent, et ils sont encourageants.
Mais attention : tout ne se mesure pas en euros. Il y a aussi un enjeu de qualité de vie au travail. Moins de tâches répétitives, plus de temps pour le client : ça compte.
☁️ Infrastructure data : souveraineté avant tout
Un projet majeur chez BPCE, c’est le rapprochement des systèmes des Banques Populaires et des Caisses d’Épargne. Mais pour la data, une couche commune existe déjà depuis 3 ans : un datalake sur GCP sécurisé et crypté. Toutes les données structurées y sont croisées. Les données sensibles restent, elles, dans des datacenters internes.
Pour la GenAI, Laurent Fernandez et son équipe ont construit une infrastructure de brokers de LLM. Concrètement, c’est comme un aiguillage SNCF : chaque requête est orientée vers le modèle le plus adapté parmi OpenAI, Google, Anthropic, Mistral, ou même des modèles installés en local. Ce système permet de gérer souveraineté, coûts et performance en temps réel.
La force de cette approche : la flexibilité. Les développeurs changent de LLM comme on change de chaussettes – une simple ligne de code suffit. Et les coûts sont suivis au quotidien pour optimiser les appels.
🌍 Souveraineté et éthique : les maîtres-mots 2026
BPCE a fait le choix de ne pas dépendre exclusivement des clouds américains. Laurent Fernandez explique que le collectif open source qu’ils ont lancé vise à équilibrer la balance. L’idée : encourager des alternatives européennes et des modèles qu’ils maîtrisent.
Du côté de l’éthique, pas question d’improviser. Tous les modèles sont testés avec Giskard contre les biais et les risques de prompt injection. La transparence est un parti pris : chaque interaction avec une IA est signalée, que ce soit par l’app ou par les outils internes. Les conseillers savent quand ils parlent à une machine, et gardent leur discernement.
Luc Barnaud rappelle qu’avec l’agentique – ces IA capables d’agir dans les systèmes – le niveau d’exigence monte d’un cran. Observation, traçabilité, autorisation : tout doit être verrouillé avant de passer à l’échelle. Et sur ce point, ils avancent prudemment.
🤝 Un dialogue social renforcé
Enfin, et c’est rare pour en parler, BPCE intègre les RH dès la conception des projets. Luc Barnaud intervient régulièrement dans les commissions avec les organisations représentatives du personnel. Un accord GEPP a été signé en 2025 pour anticiper les impacts sur les compétences. L’IA ne doit pas être une menace, mais un outil d’évolution.
En résumé, BPCE montre qu’on peut faire de l’IA sans gadget, avec sobriété et souveraineté. Un modèle qui pourrait inspirer d’autres entreprises. Et toi, où en es-tu avec l’IA dans ta boîte ?

À 33 ans, je suis un pur produit de la culture « corporate » qui a décidé d’en briser les codes pour vous en livrer une lecture plus authentique. Diplômé d’une grande école de commerce, j’ai forgé mes premières armes pendant cinq ans au sein d’un cabinet de conseil du « Big Four », où j’ai appris la rigueur stratégique tout en observant de très près les dérives du jargon bureaucratique.










